Opinion : Le vrai-faux procès du régionalisme à l’Union fait la Nation
lundi 8 février 2010, par DP Le Grand Journal

L’opposition se porte aujourd’hui comme un pont neuf et cela fait des vagues. Il faut absolument lui trouver des poux sur la tête et on n’a trouvé, pour l’instant, que le régionalisme pour entamer son procès. C’est la vocation des responsables politiques de faire de la veille pour alerter l’opinion, en temps réel, sur les risques que comporte la politique menée par le pouvoir. Le refus de prendre en compte ces remarques favorise la formation d’une opposition politique. Entre janvier et mars 2008, c’est-à-dire à deux mois d’intervalle et moins de deux ans après l’investiture de Boni Yayi, le G13 et le G4 avaient alerté l’opinion sur les risques que la gouvernance de Boni Yayi fait peser sur notre démocratie. La majorité plurielle de Boni Yayi avait ainsi commencé à se fissurer. En effet, rappelons qu’à l’exception du PRD de Maître Adrien Houngbédji, toutes les formations politiques composant chacun des deux groupes s’étaient longtemps, peut-être à dessein, réclamé de cette majorité plurielle. Peut-être espéraient-elles que Boni Yayi desserrerait un moment l’étau du dialogue politique et ainsi rétablir le climat de confiance.
Si des formations qui avaient contribué à l’élection de Boni Yayi se retournent aujourd’hui contre ses actions, c’est bien parce qu’elle ne s’y reconnaissent plus. Il y avait, je le crois, des engagements qui avaient été pris par le candidat vis-à-vis des formations qui devraient devenir ses partenaires. Si ces engagements n’ont pas été respectés, il n’est pas étonnant que les formations politiques qui ressentent la démarche du président comme une trahison, non pas seulement vis-à-vis d’elles, mais surtout vis-à-vis du peuple se retournent contre lui. En tout cas, c’est ce qu’on devait comprendre du mémorandum que le G13 avait publié en janvier 2008.
Le visage d’une opposition à Boni Yayi commençait alors à se profiler. Mais les déclarations n’étaient que des mises en garde, quoique fermes et suffisamment incisives. Il appartenait à Boni Yayi de saisir la perche qui lui était ainsi tendue. Mais il avait opté pour la stratégie de faire le sourd et poursuivre la campagne électorale en vue de sa réélection en 2011. Les dix huit mois d’état de grâce dont il avait bénéficié semblaient en effet lui donner une certaine assurance. Il estimait sans doute que cela lui donnait la latitude de pouvoir choisir ses amis et vouer aux gémonies ceux qui croient détenir la moindre créance politique sur lui. Le G13 avait déployé de la virtuosité politique et ainsi gagné la bataille pour le contrôle du Bureau de la CENA mise sur pieds pour les élections communales et locales de 2008. Ce fut là la première difficulté d’envergure infligée à Boni Yayi par un groupe politique depuis son accession à la magistrature suprême.
L’opposition se porte comme un charme ; je pense même que rien ne pourrait se porter aussi bien. Elle a progressivement pris conscience de sa nécessité, elle s’est lentement cristallisée, elle se structure gentiment et elle va s’organiser pour forger sa machine de guerre qui, ma foi, va être un rouleau compresseur. En 2006, le pouvoir était à prendre parce que le sortant n’était pas officiellement candidat à sa propre succession. En 2011, ce ne sera vraisemblablement pas la même situation parce qu’il va s’agir d’arracher le pouvoir ; pour ce faire, c’est de l’artillerie lourde qu’il va falloir déployer.
L’intérêt des regroupements politiques c’est essentiellement de resserrer la classe politique autour d’un nombre raisonnable de formations. Tout le monde convient que nous ne devons pas être fiers de décliner notre classe politique en près de 250 partis et mouvements ! Cela est bien ridicule ! C’est cela qui amène notre pays à enregistrer jusqu’à 26 candidats à l’élection présidentielle pour huit millions d’habitants. En comparaison avec la présidentielle au Nigeria de 2007 qui n’a enregistré que 12 candidats dans un pays qui pèse démographiquement 150 millions d’âmes. En comparaison encore avec le Ghana, dans l’élection présidentielle de 2009 avec une population qui n’est pas loin du double de celle du Bénin, le pays de Kwame Nkrumah n’a aligné que 8 candidats.
Cela dit, mettre l’UBF et la FCBE ou l’UMPP dans le même registre que l’Union fait la Nation revient à comparer le jour et la nuit. L’UBF était une union politique pour obtenir une majorité parlementaire au président Mathieu Kérékou en 2003 ; c’était donc une union pour accompagner la vision politique d’une seule personne ; la mise en place de la FCBE et celle de l’UMPP participent de la même démarche. L’Union fait la Nation rassemble les responsables qui non seulement ont animé les plus grandes formations politiques, mais aussi et surtout ceux qui ont exercé les plus hautes fonctions politiques de ce pays pour mobiliser notre peuple autour d’objectifs partagés et soutenus par un groupe et une organisation et non autour de la vision d’une seule personne, de surcroît isolée.
L’Union fait la Nation a pris corps avec le Séminaire d’Abomey-Bohicon et c’est l’honorable Alassane Seibou qui avait lu les résolutions de ce mémorable Séminaire. La tragi-comédie politique du moment avait inspiré à l’honorable Nassirou Bako-Arifari une allégorie qui avait fait mouche. Les protagonistes de ce groupement politique sont si convaincus desdites résolutions que les grandes formations qui le composent en sont arrivés à la signature d’un protocole d’accord le 1er septembre 2009 soit neuf mois après le mémorable Séminaire et dix-sept mois après avoir mis le G4 et le G13 sur les fonts baptismaux. Dans les termes de ce protocole d’accord, j’ai entrevu que ce qui les unit est beaucoup moins un antiyayisme primaire que la perspective qu’ensemble ils pourraient sortir le Bénin de l’ornière. Leur démarche est empreinte de la force d’une conviction, celle d’ouvrir un nouvel espace de pensée et d’action.
Par la signature de ce protocole d’accord entre le G4 et Force Clé, les artificiers de la politique avaient commencé à voir les germes de la division au sein de l’opposition unie dans l’Union fait la Nation. Il convient de rappeler un certain nombre de faits pour comprendre qu’il n’en est rien. D’abord, le regroupement de partis politiques dénommé G13 et qui est une composante de l’Union fait la Nation était né avant le G4. Ensuite, certains responsables des formations qui constituent ce regroupement avaient déjà déclaré leur soutien à la candidature de Abdoulaye Bio Tchané. Également, les têtes de pont du G4 sont restées soudées depuis le 8 mars 2008, ce qui n’est pas le cas pour le G13 au rang duquel il y a eu des défections puis des entrées. Enfin, ledit protocole a prévu une clause invitant toutes les formations qui se reconnaissent dans la démarche des signataires à les rejoindre. Donc le grand creuset que constitue l’Union fait la Nation n’est en rien fragilisé par ce protocole d’accord qui n’a pour but que de définir et de vulgariser la voie par laquelle un certain nombre de responsables de partis entendent réaliser cet objectif commun exprimé lors du Séminaire d’Abomey-Bohicon qui est de bouter Boni Yayi hors du pouvoir d’État. Il n’est vraisemblablement pas raisonnable de faire le procès du régionalisme aux têtes de pont de l’Union fait la Nation. Aucune d’elles n’empêchera l’UPR de Issa Salifou alias Saley et Nassirou Bako-Arifari d’y faire son entrée. La direction du MADEP n’a pas décidé d’exclure Alassane Seibou parce qu’il a choisi de soutenir la candidature de Abdoulaye Bio Tchané. L’un des leitmotive des têtes de pont de l’Union fait de la Nation, c’est de rompre avec la recherche de l’oiseau rare parce qu’elle n’a conduit qu’à la politique de l’échec, c’est-à-dire qu’elles voudraient trouver en leur sein le candidat à la prochaine élection présidentielle.
La prochaine élection présidentielle va enregistrer trois grands candidats : le sortant, Abdoulaye Bio Tchané et le candidat de l’Union fait la Nation. Les députés ressortissants du Septentrion qui font parti du G13 sont intrinsèquement gênés de devoir soutenir un candidat qui ne soit pas du Nord. Personne n’a empêché le Rassemblement pour la démocratie et le développement (RDD-Nassara) de Ramatou Baba Moussa qui avait cheminé, entre autres, avec la RB, le PSD et le MADEP au sein de l’Alliance pour une dynamique démocratique (ADD) de rentrer dans l’Union fait la Nation. Pourquoi le député Issa Salifou qui avait soutenu la candidature du président Bruno Amoussou en 2006 ne reste-t-il pas avec lui dans l’Union fait la Nation ? Les responsables politiques de l’Union fait la Nation ne s’en offusquent pas si tant est que le combat de ce député converge vers le leur, celui de changer de "chauffeur" en 2011 !
Le bureau de l’Union fait la Nation qui est installé n’est qu’un bureau provisoire et aucune hypocrisie n’autorise à y mettre ceux qui n’ont pas manifesté leur adhésion. Moi, Ismaël Kaffo, signataire du présent article, assume intellectuellement, psychologiquement, moralement et même spirituellement le régionalisme dont on veut affubler l’Union fait la nation et je pointe un doigt accusateur sur ceux qui ont vraiment œuvré à diviser le pays en deux puis prends ici l’engagement d’œuvrer pour bâtir un Bénin uni. J’ai encore en mémoire le temps où le RB, le MADEP et le PRD faisaient élire des députés sous leurs couleurs dans le Septentrion. Ce n’est pas Nicéphore Dieudonné Soglo, ni Bruno Amoussou, ni Adrien Houngbédji qui avait amené l’honorable Issa Salifou à devoir transporter son père malade à Malanville pour que les populations de cette commune se rendent compte que le député fait bien parti des leurs !
Je me sens presque obligé de faire observer, même si en politique cela peut faire grincer les dents, que je ne serais nullement gêné si, lorsque je dois former l’équipe nationale de football, de commencer par recruter mon fils ainsi que celui de mon voisin immédiat si je les ai vus régulièrement manifester des aptitudes des bons joueurs ; le dixième joueur peut venir de Pobè, le quinzième de Parakou puis le vingt-troisième de Malanville. Je ne doute pas un seul instant que cette union qui est partie de cinq formations politiques va bientôt en regrouper une quinzaine, voire plus et qui vont désigner un seul candidat au prochain scrutin présidentiel puis conduire une liste unique au scrutin législatif. Je comprends que cela donne des insomnies ! Observons seulement après la formation de ce gouvernement de combat qu’on peine à accoucher !
Les plaignants de l’Union fait la Nation contempleront bientôt éberlués des émergents s’esbigner comme une volée d’étourneaux pour se mettre à l’abri d’un arbre plus prometteur ou au feuillage plus frais et plus généreux !
Ismaël Kaffo, essayiste sociopolitique
Photo : Ismaël Kaffo
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